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lundi 2 novembre 2009

Arthus n'avait pas bougé...

Arthus n'avait pas bougé, et son état se dégradait sans cesse : sa respiration était sifflante, et il était inconscient. Alors qu'Elina arrivait près de lui, ses genoux lâchèrent et elle se rattrapa tant bien que mal à la palissade en s'écorchant le bras. Elle savait qu'elle n'aurait pas la force de repartir comme l'homme en bure le lui avait enjoint, meme en laissant le bandit ici...elle s'écroula à côté de lui, maudissant le sort qui la ferait mourir là, à quelques mètres à peine d'autres hommes qui avaient décidé que deux membres de leur espèce n'aurait pas le droit de survivre. Ses mains se mirent à caresser machinalement la poussière et les cailloux qui roulaient sous ses doigts. Elle regarda le ciel d'un bleu limpide... si chaud... Les détails du paysage commençèrent lentement à se brouiller alors que les minutes s'égrenaient.
Le sang se mit à cogner à ses tempes. Cela faisait quelques temps qu'elle n'entendait plus l'homme à côté d'elle... seul un sifflement sourd et désagréable lui tenait compagnie, mais elle n'aurait sû dire s'il venait d'un serpent ou de sa propre tête. Elina toussa. Elle avait de plus en plus de mal à respirer... bientôt son organisme refuserait de répondre aux injonctions paniquées de son âme.

Le temps passait, long et court à la fois... affreusement indéfini. Elina ne vivait plus que dans une bulle d'heures, de minutes et de secondes bleues et oranges. A moins que le ciel ne soit en réalité qu'une poussière azur qui s'écoulerait dans un sablier géant? Quel incroyable pouvoir que l'agonie... on devient alors éternellement éphémère. On aimerait et on souffrirait à la fois que cela dure et que cela cesse.

Elina ne pensait plus. Son corps trembla une dernière fois alors qu'une douleur fulgurante traversait son visage.
Puis tout devint noir.

Lorsqu'on regarde le royaume de Lynellis du ciel, comme seuls les Dieux et les oiseaux savent le faire, on ne peut manquer d'avoir l'oeil attiré par les créatures extraordinaires qui peuplent ce monde magnifique. C'est notamment le cas des Jilils, les animaux les plus rapides que la Terre aie enfanté. Oh, d'aucun les aurait confondu avec de stupides rongeurs, mais ces êtres exceptionnels possèdent en réalité une intelligence proche de celle d'un enfant de 10 ans. Capricieux et attachants, ils forment des animaux de compagnie très prisés ainsi que d'excellents messagers. Il n'est d'ailleurs pas rare d'en croiser sur les routes du Royaume.
A l'origine, les Jilils proviennent de l'Erg du coeur du royaume de Lynellis. On les aperçoit de loin, magnifiques fusées de poussière qui disparaissent avant même qu'un homme cligne des yeux sous le soleil brûlant. Alors que pour les énormes bipèdes la traversée de l'Erg se compte en semaines de chevauchée, pour les petits Jilils il n'est qu'un terrain de jeu traversé en quelques jours.
Pourtant, la réalité des Jilils apprivoisés est tout autre : abâtardis par les multiples croisements réalisés dans les élevages afin d'en faire des animaux de vitesse d'excellence, ces êtres furent rendus aussi idiots que de pauvres coqs de combat. Les courses de Jilils étant très en vogue en ces temps barbares, nombreux furent ceux dont l'intelligence consanguine ne fut pas suffisante pour les empêcher de mourir d'épuisement dans les arènes.

Elina rouvrit les yeux. Quand les avait-elle fermés? Le monde lui semblait maintenant bizarrement vertical, l'horizon avec son soleil déclinant traçant une ligne parfaite dans le centre de son champs de vision. Au milieu de cette ligne, une boule beige remuait légèrement. La jeune femme grogna et tenta de se lever, mais le contact rapeux du sable sur sa joue lui fit comprendre qu'elle avait glissé sur le côté. Depuis combien de temps était-elle ainsi? Elina accomoda difficilement sa vue et parvint enfin à distinguer plus précisément ce qui lui faisait face. C'était une sorte de petite souris beige doré aux larges oreilles qui se tenait dressée sur ses pattes arrières.
La femme et le petit Jilil échangèrent un long regard. Elina ne sû pas trop ce qu'ils s'étaient ainsi dit, mais l'animal se mit brusquement à siffler très fort et à creuser à une vitesse qu'Elina n'aurait jamais crû possible. Le Jilil creusait, creusait et en quelques secondes il s'enterra, rejetant la terre et la poussière loin derrière lui en continuant de siffler. Bientôt, un second Jilil apparû, en tout point semblable au premier et se mit à creuser lui aussi. Puis ce furent des dizaines de ces grosses souris des sables qui se mirent à la tâche sans qu'Elina ne comprenne pourquoi. Alors que son esprit recommençait à divaguer dans le crépuscule, le sol s'écroula brusquement sous elle. Elle poussa un croassement rauque et ne pensa qu'à se protéger les yeux.

Elina tomba de quelques mètres. Lorsqu'elle parvint à se redresser, elle se découvrit dans un souterrain frais et sombre. Plus de soleil, plus de chaleur... quelque chose d'humide fut déposé dans sa main.
C'était une poire un peu écrasée dont le précieux suc coulait sur le sol.