« Gaby.. tschhhh.. Levez vous. »
« Grmbleuh ? »
« Debout, je dois vous parler. »
« Ma Reine... »
« Levez-vous vous dis-je ! »
Le vieil homme avait visiblement du mal à reprendre pied avec la réalité. Agacée, la Reine se détourna de l'homme et fit quelques pas rapides à travers la vaste pièce silencieuse. Sans prendre la peine de vérifier s'il la suivait ou non elle entreprit d'écarter un à un les voiles qui obstruaient son passage et sa vue. Elle voulait le voir seul, à l'écart d'oreilles éventuelles qui pourrait aisément se dissimuler derrière les pans de tissus définissants les différentes alcôves. Quelques bougies étaient encore allumées et animaient les voilages d'ombres improbables, elle suffisaient tout juste à éclairer le passage de Dame Tyumpur. Dans son dos, la noble dame sentait le souffle léger du marin et les bruits étouffés de son pas pesant la rassurait.
Quand elle se trouva enfin à l'air libre, sous les lunes pleines, le sentiment d'être oppressée s'apaisa. Elle s'éloigna encore d'une centaine de mètres et s'immobilisa sous le ciel sans étoiles, se composant un visage ferme et sévère dans l'espoir de laisser une forte impression au vieil homme.
« Ma Reine ? Gaby se tenait devant elle, la visage penché en signe de respect.
« Il faut que nous parlions. »
Et pendant de longues minutes ils échangèrent pour tenter de comprendre ce qui leur arrivait. D'abord très formel, Gaby se contentait de répondre aux inquisitions de la Reine par des phrases concises, tournées du mieux possible et pleines des marques de respect dûs à son sang royal. Dame Tyumpur, bien que consciente des efforts du vieil homme pour ne pas lui déplaire s'agaçait de ces tournures alambiquées et s'impatientait. Ils perdaient un temps précieux. Elle laissa tomber son masque et son langage de Reine et s'autorisa à parler plus librement, sans l'amas de codes qui auraient du régir leurs rapports en temps normal. Après tout plus rien était normal depuis qu'elle avait atterri ici par Ashaya ! Gaby saisit le message et la conversation pris une tournure de plus en plus franche, sur un ton d'égal à égal bien qu'emprunt d'un respect mutuel. Là ou le doute prévalait quelques heures auparavant, la confiance s'instaurait progressivement. Ils étaient du même monde et ils étaient animés par la même volonté : rentrer chez eux par tous les moyens.
Les deux ombres s'étaient assises sur l'herbe tendre, face aux plaines infinies sur proposition de Dame tyumpur, pour parler plus à leurs aise. C'est alors que la Reine sentie qu'on tirait sur l'arrière de sa robe.
« Je n'arrive pas à dormir toute seul... » La petite Piou la regardait de ses grand yeux bleus et dans un geste maternel la femme ouvrit ses bras.


