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samedi 13 juin 2009

Les flammes grondaient...



Les flammes grondaient derrière eux, le bois crépitait et parfois on entendait s'effondrer une partie du navire. Les hommes suaient, criaient, les ordres fusaient, les bras s'acharnaient à ralentir l'incendie mais le bateau sombrait inéluctablement. La petite, réfugiée depuis peu dans les bras du solide gaillard, ouvrait de grands yeux affolés. Gaby réfléchissait à la vitesse de la lumière, il n'était plus question de baisser les bras et d'attendre impuissant que la mort vienne le prendre. Non. Maintenant que Piou était sous sa protection et comptait sur lui comme sur un père, il ne pouvait plus se permettre d'abandonner la partie. Cette petite vie lui était précieuse et il se doutait qu'au port, sa mère devait se faire un sang d'encre.

« Par Ashaya qu'avais tu besoin de te faufiler là Bourrique ? Tiens, met ça sur ta bouche.
- Gaby... Je ne voulais pas faire de bêtise j'te le promet ! La voix de la fillette était à peine audible. Je suis désolée, désolées désolée, je voulais partir à l'aventure avec toi... J'ai peur Gaby, j'ai peur...
- Chut c'est trop tard pour te lamenter mignonne. On va se sortir de là, pour le reste on verra plus tard. Il lui présenta ses épaules. Agrippe toi solidement, prend une grande goulée d'air, ferme les yeux et respire le moins possible ensuite. On va s'en tirer ! »

Gaby inspira un bon coup lui aussi et poussa le battant de la soute avec la ferme intention de remonter jusqu'au pont par n'importe quel moyen. C'était sans compter la propagation rapide de l'incendie. Il s'engagea au pas de course dans le couloir mais l'air était suffoquant et il n'y voyait goute. La fumée avait envahie la proue et il faisait tellement chaud qu'en un instant ses fripes étaient trempées de sueur. A tâton il tentait de se repérer mais l'air manquait et il dut se résoudre à faire demi-tour. Le bruit était assourdissant et l'incendie devait avoir ravagé une bonne partie de l'embarcation. L'image du pont totalement dévasté s'imposa un instant à son esprit. Horreur. Il n'était plus question de remonter.

Prostré au plus profond de la soute à voile où l'air commençait à manquer, Gaby retenait ses larmes de rage à grande peine, la petite serrée contre lui.
« Gaby, tu veux bien prier avec moi ? La petite voix était tremblante. Maman priait la déesse le soir et elle disait que si j'étais gentille Ashaya veillerait sur moi... Piou tripotait son médaillon, et soutenait vaillamment le regard du vieux les yeux pleins d'espoirs. Maman dit que t'es un vieux bouc sans croyances et que Ashaya t'a abandonné mais si tu pries avec moi... »
La fillette lui tendit le médaillon d'un air décidé. Elle l'agrippait si fermement que les jointures de ses doigts en étaient blanchies. « Pries avec moi Gaby ! ». Et plein de remords, pour ne plus voir son regard suppliant, pour adoucir la fin de l'enfant, il plaqua fermement une grosse main sur la petite bouille d'ange , prenant bien soin de couvrir la bouche et le nez. De l'autre main, il saisit le médaillon avec l'intention de prier très fort pour son âme.

Un éclair jaillit et Gaby se senti propulsé à terre. Le sol était humide et l'air humait bon l'herbe grasse. Il sentie la petite masse de Piou se contorsionner pour échapper à son étreinte. Sans avoir pu comprendre ce qui leur arrivait, le hoquet de surprise bref et perçant d'une femme le fit se lever d'un bon, tous les sens en alerte. En dépit de la semi obscurité qui régnait il distingua sans peine les deux silhouettes qui se tenaient à quelques distance.

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