Les pensées emplissaient la tête de la Reine tel l'eau remplissait la vasque légendaire de Bromé et, alors qu'elle continuait à se mirer à la recherche d'une ride qu'elle n'aurait pas encore découverte, elle finit par prendre la décision de sortir prendre l'air afin de se soulager de tous ses maux. Elle était Reine, ses seuls soucis auraient du être le bien-être de sa cour, le déroulement de ses prochains bals ou encore la tenue qu'elle arborerait lors de sa visite chez son frère, le Prince de Podymée. Cependant, grâce à son sens naturel pour la rhétorique et sa perception exacerbée des nuances de la politique, elle avait eu une plus grande influence sur le Royaume que n'importe lequel des conseillers du Roi.
Tandis que Tyumpur sortait de son immense salle de bain, Ortiale s'enquit de ce brusque départ alors que la Reine passait habituellement des heures entières à s'observer, se prélasser dans les larges piscines aux parfums variés de la salle de bain, se coiffer et autres activités que la servante trouvait absolument futile, elle qui avait à peine le temps de se reposer quand finissait sa journée au service de la Reine, très exigeante.
"Que se passe t-il, votre Majesté ?
- Rien, Ortiale, j'ai juste besoin d'un peu d'air. Je vais aller me promener dans mon Jardin Privé. Voulez-vous bien prévenir les jardiniers pour qu'ils quittent les lieux avant mon arrivée ? J'ai besoin d'être seule.
- Bien, ma Reine."
Tyumpur emprunta donc un chemin détourné pour que les jardiniers aient le temps de quitter les lieux avant qu'elle n'arrive. Elle choisit de fouler la muraille qui longeait la côte car le Palais Royal de Camarella, capitale du Royaume de Lynellis, avait été construit le long de l'Océan de Cristal.
Depuis le mur d'enceinte, elle surplombait le port et pouvait voir l'activité des dockers, des marins et des autres acteurs nécessaires au bon fonctionnement du port le plus important de tout le Royaume. De son poste d'observation, elle voyait les gens s'affairer en cet fin d'après-midi, et elle ne put s'empêcher de comparer mentalement ces petits personnages occupés à une fourmilière. Chacun de ces êtres pouvaient-ils avoir une importance ? Elle en doutait.
Elle était Reine, l'une des figures les plus importantes de son pays et, pourtant, elle était lucide quant à sa disparition. Cela ne ferait pas une grande différence dans un monde aussi vaste. Un an, deux peut-être et la plaie causée par sa mort se serait refermée dans les coeurs. Elle resterait dans la mémoire de ses proches pendant deux ou trois générations puis sa vie ne serait résumée qu'à quelques lignes dans un ouvrage d'histoire poussiéreux et son nom finirait par disparaître, n'étant mentionné que pour désigner l'épouse d'un Roi qui fit de grandes conquêtes militaires. Elle était frustrée quant à place, son impossibilité à agir vraiment, pour laisser son empreinte dans ce monde, indépendamment de son époux, qu'elle aimait pourtant sans condition.
Malgré son statut de Reine futile, caractérielle et lunatique, elle était souvent sujette à ce genre d'introspection, qui lui permettait de mettre sa vie en relief, même si elle ne faisait pas grand chose pour la changer. Elle croyait très fortement au destin, et espérait qu'Ashaya prendrait soin de sa vie autant qu'elle-même choyait la Déesse, pour qui elle avait failli devenir prêtresse si les aléas de la politique ne l'en avait pas détourné. En effet, sa soeur, la Princesse de Podymée, aînée de la famille princière, était destinée à épouser Gorme, troisième du nom, Roi de Lynellis, afin de renforcer les liens entre les deux nations. Cependant, la mort de sa soeur d'une maladie foudroyante l'avait propulsé au premier plan de la vie politique et elle avait du épouser le Roi, plus vieux qu'elle-même, mais qu'elle avait appris à aimer pour ses nombreuses qualités humaines.
Perdue dans ses pensées, elle était arrivée naturellement au Jardin Personnel de la Reine en empruntant un chemin qu'elle avait déjà fait des dizaines de fois. Alors qu'elle s'apprêtait à pénétrer sous l'arche qui marquait l'entrée du jardin, une sensation étrange, dans son estomac, la fit hésiter puis s'arrêter en face de l'arche magnifiquement décorée d'un ensemble de roses, aux couleurs aussi variées que le ciel au crépuscule, qui venaient s'enchevêtrer les unes dans les autres. Elle se décida malgré tout à traverser l'arche, bien décidée à ne pas se laisser contrôler par des émotions aussi primaires, mais, alors qu'elle posa le pied dans ce qu'elle pensait être son jardin, elle remarqua qu'elle était dans un endroit complètement différent. Elle releva la tête et s'aperçut qu'elle n'était plus au Château. Peut-être même qu'elle n'était plus à Lynellis car le soleil était bien plus bas dans le ciel et les deux lunes du monde de Gaïala étaient hautes dans le ciel même si l'obscurité n'était pas totale. Alors qu'elle adressait une prière silencieuse à Ashaya pour la préserver du mauvais sort qu'elle subissait, elle nota qu'elle se trouvait dans un immense jardin, sans aucun arbre. Elle se retourna et sursauta alors qu'elle aperçut un homme qui se dirigeait vers elle. Un homme habillé d'une simple bure rouge, avec la capuche relevée, qui ne laissait pas voir son visage.
Moi je dis, v'la l'écriture de barbare ! Amusez-vous =S
RépondreSupprimerLol, bonne chance Ellis !
RépondreSupprimer