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samedi 6 juin 2009

Gaby claqua la porte...



Gaby claqua la porte et s'appuya au chambranle, contemplant pendant quelques secondes les quatre soldats qui le fixaient également d'un air que d'aucun qualifieraient de bovin. Il jeta un coup d'oeil a Aryus, puis soupira.

« Bon. C'est toi qui mène le jeu. On fait quoi? »

L'ancien second lui indiqua d'un signe de tête les bateaux amarrés.

« Nous reprenons la mer, mais comme passagers mon ami. Direction l'Abbaye d'Asshaya. La Sardine part avec la marée du soir, nous y avons réservé nos places. Tu as encore le temps de préparer tes affaires. »

Gaby renifla.

« Quand est-ce que je pourrais savoir véritablement dans quoi je m'engage? Qu'attend le roi de mes loyaux services? Pourquoi moi, un vieux débris? Je n'ai plus commandé de vaisseau depuis des lustres, et je ne dois plus valoir grand chose au sabre... »

Il secoua son épaule droite - bousculant un peu son oiseau - pour raviver le souvenir de son ancienne blessure qui l'handicapait sérieusement aujourd'hui.

Le regard dubitatif des soldats témoignait visiblement des mêmes constatations.

« Je t'en reparlerais plus tard, prépare toi plutôt, grogna Aryus en détournant le regard.

- J'ai rien à emmener.

- Fais pas le gamin, va chercher tes affaires. Quand tu seras prêt, rejoins nous à la Sardine.

- Sardine de mes deux... t'as pas trouvé une planche au nom plus ridicule? »

Gaby cogna du poing sur le mur, soulevant un nuage de poussière de chaux et faisant sursauter sa perruche.

« De quoi j'ai l'air moi? »

Laissant là ses futurs camarades de voyage, Gaby rejoignit sa bicoque branlante en grommelant et en trainant des pieds sous le dur soleil d'après midi.

« grmblbm... me demande bien ce que je vais pouvoir faire moi... grmlblem...prendre ma barque et m'enfuir? Grmblm... idiot...grmlbml trouver de quoi nourrir Piou plutôt. Tu manges quoi toi ma belle?»

Aussitôt rentré dans sa petite pièce poussiéreuse qu'éclairaient seulement quelques raies de lumières qui filtraient à travers les volets de bois, le vieil homme chercha un endroit pour poser Piou. Finalement, après moult hésitations, il la fit s'accrocher tant bien que mal sur une chaise, nouant le filin qui était attaché à sa patte au dossier. Il plongea ensuite dans son coffre à condiments.

« Des carottes? »

Il regarda la perruche.

« Non, tu as raison, les carottes c'est pour les lapins. Mmm... du vieux pain sec, ça ira je pense. Il te faudrait des graines, mais des graines de quoi? Bon. »

Il lui jeta encore un coup d'oeil.

« Ca t'ira du pain jusqu'à ce que je trouve mieux?

- ...

- ça roule! »

Gaby entreprit de prendre quelques affaires et de mettre sa cabane au propre. Il faillit oublier Piou sur le dossier de sa chaise, mais il se reprit et fit demi-tour à toute vitesse en s'injuriant.

Lorsqu'enfin il arriva devant la Sardine, c'était la fin de l'après midi. Le boutre était de taille tout à fait modeste, un simple navire de transport de marchandise qui ramenait vers les grands ports de Lynellis les cargaisons plus ou moins illicites ramenées des îles Ocres et Pourpres. La petite ville d'Escale portait bien son nom : elle était le lieu anodin de passage et d'écoulement des marchandises pirates, comme tant d'autres villages des environs. En effet, la disposition des lieux était propice au trafic : Escale était un village de presqu'île qui recevait discrètement du côté océan les marchandises pirates dont les navires mouillaient dans les criques, et qui possédait un petit port du côté de l'immense Baie Dorée. Les marchands honnêtes venaient du côté de la baie monnayer les produits exotiques que les revendeurs de la petite ville achetaient aux pirates. La Baie dorée était ainsi enserrée par deux presqu'îles, comme un nouveau-né l'était des bras de sa mère.

La royauté était bien au courant de ce commerce illégal, c'est pourquoi les ports des presqu'îles ne devaient tout d'abord présenter de structure maritime que du côté de la baie. De plus, ces villages recevaient régulièrement les navires et les troupes régulières qui inspectaient les entrepôts et se gardaient le droit de saisir toute marchandise illicite qui allait ensuite directement au Trésor royal. Les revendeurs avaient depuis longtemps trouvé des parades, mais les quelques uns qui se faisaient prendre encourraient des peines d'emprisonnement ou de travaux forcés, voire même de service dans les galères. La seule issue possible de ces galériens était d'être pris en chasse par les pirates lors des sorties en pleine mer et de rejoindre leurs rangs.

Gaby eut juste le temps de déposer ses affaires dans la cabine qu'il partagerait avec Aryus avant de faire un tour sur le pont avec son vieux compagnon. Il regarda d'un oeil critique les marins qui s'affairaient à entreposer les marchandises dans la cale.

« Ils sont pas bien efficaces, ces gars-là. Je vois plus grand chose de l'oeil droit, mais ça sent le matelot de seconde main. Et le pont ne brille pas comme il devrait. Où est le capitaine, que je lui en touche un mot? »

Aryus s'arrêta et s'accouda au bastingage, contemplant les marins au travail.

« Tu n'es plus sur ton navire, mon vieux. Laisse le capitaine tranquille, on le rencontrera bien assez tôt.

- T'es p'têt venu me chercher par la main, mais j'ai pas d'ordres à recevoir de toi. Le vieux pirate s'accouda aussi, regardant l'eau calme de la Baie. Explique moi donc enfin ce que je dois faire. »

3 commentaires:

  1. J'aime bien l'idée de la Baie Dorée avec son modeste port honnête d'un coté , et de la mer et ses criques pleines de trafics illégaux de l'autre. Le nom d'Escale pour la bourgade est simplement parfait !

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  2. J'aime beaucoup l'arrivée de Gaby sur la Sardine et son "œil" critique ^^.
    Vite la suite !!!

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