Elina sursauta et se recula. Une bouffée de colère la submergea, lui donnant des idées folles sur ce qu'elle pourrait infliger à cet homme qui avait servi d'exutoire à sa peine et sa haine pendant cette dernière semaine de torture physique. Elle pourrait le bourrer de coups de pieds... ou bien le frapper. Mais la colère d'Elina retomba bien vite, car elle ne pourrait rien faire de pire que ce qu'il endurait déjà...Ah ! Que n'était-il misérable, ainsi étalé sur le sol avec cette hampe de flèche brisée dans le flanc! Il n'avait eu que ce qu'il méritait, il mourrait là comme le chien qu'il était!
Les yeux d'Elina se mirent à fouiller le corps de l'homme des yeux. Elle se souvint brusquement de son nom, qui lui échappait depuis quelques jours... Arthus. Mais une autre priorité que la vengeance s'imposait dans son esprit: si seulement il avait eu une gourde ! Elle pourrait soulager la soif qui lui brûlait la gorge de milles traits brûlants depuis l'aube. Mais il ne semblait rien porter d'autre que ses vêtements déchirés et imbibés de sang, et les cadavres alentours ne valaient pas beaucoup mieux. La mort environnante ne la rebutait même pas, tant sa fatigue écrasait ses sentiments. Elle analysait tout froidement : le massacre avait dû être perpétré quelques heures plus tôt seulement, car les mouches commençaient à peine à venir se poser sur les plaies béantes et encore humides. Ici, un cheval gisait, la bouche béante et les yeux révulsés en une ironique parodie de ces humains qui ne respireraient jamais plus. Elle fouilla quelques sacs qui trainaient, éventrés et déjà visiblement fouillés. Pas une trace d'eau; c'était apparemment la denrée la plus riche que ces bougres transportaient, ou bien ... le seul salut des survivants.
Le brigand poussa encore un râle, odieux aux oreilles d'Elina qui fit une grimace, fendant sa lèvre. Ce grognement lui rappelait que cet Arthus était toujours mourant et même si elle ne le portait pas dans son coeur, son agonie restait affreuse à contempler.
Elle s'approcha de nouveau, hésitante, ne sachant que faire. L'homme tendit vers elle une main tremblante en murmurant « ma dame...de l'eau... » d'une voix rendue rocailleuse par la soif. Son geste permit à Elina d'entrapercevoir son propre médaillon, qu'il osait porter à son cou! Elle se pencha vers lui, attrapa la chaine d'un mouvement vif et la lui arracha, provoquant un geignement pathétique.
La peau moite de sueur d'Arthus avait collé la poussière sur ses traits, et ses yeux papillonnaient pour chasser les larmes que la douleur des rayons du soleil infligeait à sa vue. Ses lèvres semblaient encore plus sèches que celles d'Elina. L'homme souffrait de sa blessure, mais elle était loin d'être fatale. La flèche était enfoncée dans son flanc gauche et il avait saigné raisonnablement mais il semblait loin d'en mourir: la soif s'en chargerait.
Le regard d'Elina erra alentour et s'accrocha sur le disque brillant, réveillant sa curiosité. Elle fit mine de s'en approcher, mais Arthus tendit soudain la main en un sursaut pour tenter de l'attraper, échouant lamentablement. Le mouvement voué à l'échec sembla en revanche avoir ravivé sa douleur, car il se tordit derechef en hurlant. Elina ramena calmement une de ses longues mèches collées derrière son oreille. Elle avait pris une décision. Cet homme lui avait laissé la vie sans son bien, elle en ferait de même.
Elle se saisit du disque de métal et le rangea dans sa besace, sous ses vêtements sales de tous ces jours de voyage. Puis elle agrippa sous le bras du côté valide l'homme toujours hurlant, le faisant asseoir puis se mettre debout avec force cris. Lorsqu'il tint enfin appuyé sur l'épaule d'Elina, tremblant et suant à grosses gouttes à la limite de la conscience, ils entreprirent quelques pas lents et difficiles vers la silhouette de la palissade maintenant distincte. Elina sourit à travers ses mèches folles. Au point où elle en était, cet homme désormais à sa solde ne serait pas de trop.
Argeuh ! Déjà mon tours... L'angoisse de la page blanche o_O
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