Un rat la fixait avec terreur, ses petits yeux rouges brillant dans l'obscurité.
"Par la grande Déesse ! Que des torrents de sable vous submerge ! Ortiale ! Ortiaaale où êtes vous ! Qu'Ashaya vous transperce de ses larmes de glace si vous ne faites pas disparaitre de ma vue cette horreur ! Part ! Disparait ! Monstre !"
Bien plus effrayée par la masse gigotante qui le pointait ainsi du doigts que par les propos menaçant, le petit animal avait disparu au milieu des tentures et des soieries qui drapaient le sol. La vielle femme continuait à fulminer.
"Ortiaaaaaaale ! Où êtes vous par les flammes de Baahlo...
- Majesté ? La petite voix empleine de timidité d'Ortiale tranchait avec le ton impérieux de la Reine.
- Ce palais est un véritable dépotoir ! La noble dame jeta un regard dédaigneux en direction de la jeune fille. Je ne souffrirais pas un instant de plus ces abominables bestioles, débarrassez m'en et vite !"
Décidément, rien n'allait plus dans ce palais ! La Reine poussa un soupir exaspéré avant de s'enquérir d'une nouvelle servante à martyriser un peu, pour se détendre. Depuis qu'il était assaillit de toute part par l'épineuse affaire de l'abbaye d'Ashaya, le Roi, son mari, n'était plus que l'ombre de lui même. Au prix d'un travail acharné, de guerres et de négociations interminables avec les pays frontaliers et les nombreuses ethnies du Royaume de Lynellis, la paix régnait enfin sur le territoire depuis quelques années. Tout le pays prospérait et le peuple vivait satisfait. Et voila qu'une sombre affaire risquait de rompre le fragile équilibre acquis à force de volonté ! Dame Tyumpur avisa un fauteuil, elle étais las soudain et se laissa glisser sur les coussins tissés d'or. Le soleil était encore haut dans le ciel, elle posa sa main sur le verre épais du vitrail pour goûter un peu de sa chaleur, les yeux perdu dans le vague.
En perpétuelles réunions avec ses conseillés les plus proches pour tenter d'éclaircir le mystère de cet assassinat, le Roi n'accordait plus qu'une attention distraite à sa compagne officielle. Il l'évitait subtilement dans ses rares moments de répits et son absence lui manquait cruellement. Le soir venu, bien souvent, c'est dans la couche de ses concubines qu'il allait se ressourcer plutôt qu'au coté de son épouse bien aimée. Il avait beau apprécier sa compagnie, sa beauté et ses conseils judicieux, elle n'en avait pas moins un caractère difficile qui mettait sa patience à l'épreuve. Dame Tyumpur s'en rendait bien compte et s'en fit mentalement le reproche. Tout le monde était au fait de sa jalousie légendaire et les violentes scènes qu'elle faisaient à son époux étaient source de nombreux commérages dans le palais ! Un sourire éclaira fugacement le visage fatigué. Après chaque éclat elle se jurait de s'adoucir enfin, mais ses bonnes résolutions partaient en fumées à la moindre incartade de l'époux volage et les reproches fusaient, semblables à des lames aiguisées. Les frasques du Roi - bien que communes dans ses contrées aux mœurs libres - ne flattaient pas son orgueil d'épouse. Les colères de la majestueuse Dame Tyumpur se faisait de plus en plus redoutables au fil du temps. Non seulement elle se voyait soustraire toute influence sur le Roi par de jeunes rivales, mais en plus, l'age venant, sa beauté jadis exceptionnelle se fanait irrémédiablement. Elle assistait, impuissante, à sa propre déchéance. De quoi perdre la tête !
FRUSTREE
RépondreSupprimer